BOULLEVILLE
Le
radical du nom de cette commune me paraît avoir été formé du mot
teutonique Botl, qui veut dire : manoir ou maison.
Les différentes formes du nom de
Boulleville usitées au moyen-âge étaient : Bolevilla,
Bollivilla, Bollevilla, Boslenivilla, Beollevilla.
On
peut rapprocher Boulleville de Bolbec, dit M. Le Prevost.
Boulleville devait être le domaine de Boli ou Bole. M. Charpillon
pense que c’était une ancienne villa romaine.
L’église
de Boulleville, placée sous le vocable de saint Jean-Baptiste, est
très-ancienne. Sa fondation doit remonter aux temps mérovingiens.
Au commencement du XIe siècle,
Boulleville faisait partie du domaine des ducs de Normandie.
Pendant la minorité de Guillaume-le-Bâtard,
l’église de Boulleville et toutes les terres qui en dépendaient
furent données, à titre précaire, à Guy, archidiacre de Lisieux.
En 1040, dit
M.Charpillon, année où mourut Alain, comte de Bretagne, régent du
duché, l’archidiacre obtint du jeune duc que l’église de
Boulleville et la terre qui lui servait de donation seraient données
à l’abbaye de Saint-Pierre-de-Préaux, avec une autre église.
L’abbé Anfroy admit le donateur au bénéfice des prières de la
communauté, avec la faculté d’y entrer si tel était sa
vocation. Guy profita de cette clause et devint moine à Préaux.
Plus tard, vers la fin du XIe
siècle, un certain Toutain Efflanc, homme alors très-riche, ayant
perdu son fils Sturmide, donna aussi aux moines de Saint-Pierre de
Préaux, sans doute pour obtenir des prières, trois hommes ou
vavasseurs qu’il tenait de l’abbé de Préaux à Boulleville ;
il y ajouta encore la moitié des dîmes de la paroisse.
« …Mortuo Sturmido filio
Tustini Efflanc, dedit « item Tustinus Sancto Petro Pratelli
tres homines in « Bollivilla quos de abbate tenebat…addit
etiam « medietatem decime predicte Bolleville…”
« Une
charte de Henri II, dit M. Charpillon, confirma aux moines de Préaux
l’église de Boulleville, que leur avait donnée le comte
Guillaume. La bulle de pape Alexandre III, datée du palais de
Latran, en 1178, mentionne également cette église comme une propriété
de l’abbaye de Préaux. »
Le même auteur ajoute : « En
dehors de l’église de Boulleville et de son patrimoine, il
restait encore de vastes possessions dont jouissait le domaine
ducal. En 1180, les biens de Boulleville donnés en ferme, en même
temps que le vicomté de Conteville, rapportèrent 170 livres, plus
7 livres 3 sols pour le marché et les pourpris que le fermier avait
recouvrés à la suite d’une enquête. Ce fermier était Guillaume
de la Mare ; il avait, sur les 177 livres 3 sols de sa ferme,
donne déjà 60 sols à deux prêtres de Lisieux à titre d’aumône. »
La ferme de ces deux domaines donne le
même chiffre en 1184.
En 1195, Guillaume de la Mare était
encore fermier des domaines de Boulleville ainsi que le vicomté de
Conteville. Il ne payait plus que 27 livres 3 sols de ferme.
Trois ans après, c’était Raoul d’Ardenne
qui rendait compte de ces mêmes fermages, de 27 livres 3 sol, et le
comte de Mortain reçut 20 livres pour les domaines de Boulleville.
Il est probable que Boulleville fut
compris dans l’échange fait, vers 1199, entre le roi Jean et les
moines de Jumiéges (voir Conteville)
Toujours est-il qu’en 1203 Pierre
d’Estoker était le fermier de Conteville et des domaines de
Boulleville.
En 1265, Guillaume de Boulleville,
chevalier, vendit à l’abbaye du Bec son manoir du Val-Rimbert, à
Beuzeville. Et en 1305, l’abbé de Préaux était seigneur et
patron de Boulleville, qui faisait alors partie du doyenné de
Pont-Audemer. Les deux tiers des dîmes de la paroisse appartenaient
à l’abbé et l’autre tiers était perçu par le curé de
Boulleville.
La taxe de 45 livres imposée, en 1571,
à la paroisse de Boulleville, dit M. Carpillons, était supérieure
à celles dues par la plus grande partie des paroisses du doyenné.
DIMES
En 1651, l’abbaye de préaux avait
les deux gerbes du trait de la Mare-aux-Frênes, pour 75 livres
annuellement.
La dîme du Val-Durand, appartenant à
l’abbaye de Grestain, était louée 50 livres, en 1659.
Le curé de Boulleville percevait la dîme
des traits des Neuf-Foulants et des Bois-Talvaux ; ces deux
traits furent loués 300 livres, en 1730.
En 1749, Jean-Baptiste Lenoble, curé
de Boulleville, agissant comme fermier général de l’abbaye de Préaux,
donna à ferme toutes les dîmes que cette abbaye possédait à
Boulleville, ….. à l’exception d’un canton de labour d’un
seul tenant, d’environ 12 ou 14 acres et bornant le trait de
dixmes appartenant audit sieur curé à cause de son bénéfice cure
…..
Le fermier était tenu aux réparations
du chancel de l’église ; il devait encore fournir des tuiles
et de la glane pour couvrir la grange où l’on entassait les dîmes ;
en outre il devait payer annuellement la somme de 850 livres et
trois sommes de blé.
Le titulaire de la chapelle de la
Trinité, fondée dans l’église abbatiale de Préaux, touchait
aussi la dîme de 36 acres de terre, situés au Moulin-à-Vent.
En 1782, M. Mesnard, supérieur du séminaire
de Lisieux, louait le trait du Val-Durand 120 livres par an. M.
Dazol, supérieur du même séminaire, reçut encore ce fermage, le
5 février 1791.
Voici une liste incomplète des curés
de Boulleville :
1658. Jean Lecarbonnier ;
1698. Etienne Legras ;
1730. François Legris ;
1749. Jean-Baptiste Lenoble ;
1786. François Bellenger.
La paroisse de Boulleville s’étend
jusqu’au pied de l’église de Saint-Maclou ; dans le siècle
dernier, il en résulta, entre les deux paroisses, une mésintelligence
fâcheuse, que de nombreux procès ont longtemps entretenue. Une de
ces contestations commença, en 1786, par une assignation donnée à
une veuve à comparaître devant le bailliage de Pont-Audemer, pour
être condamné à présenter le pain à bénir dans l’église de
Boulleville. Les habitants de Saint-Maclou, prétendant que la
maison était de leur paroisse, prirent fait et cause pour la veuve,
et, en 1790, l’affaire était encore pendante.
Parmi les bienfaiteurs de l’église
de Boulleville, je citerai :
1° Un sieur Le Chartier, qui, par un
testament du 8 septembre 1718, donna à l’église ….. un
tabernacle, valeur de 7 à 8 pistoles et 300 livres pour la réparation
du chœur, qui ne seroit pas à faire sans le chapelain de la Trinité
…..
Ensuite, il demande à être inhumé
dans le cimetière le long de l’église, près de la porte du chœur,
du côté du tabernacle. Puis, il termine en suppliant son exécuteur
testamentaire de ne mettre qu’une simple croix de bois au bout de
sa tombe.
2° Le 30 mai 1787, Jean-Baptiste
Lenoble, curé de Boulleville, donna, par testament, à l’église,
une somme de 500 livres pour acheter une croix en argent ; il
donna, en outre, un christ et les « images de la
Sainte-Vierge et de Saint-Jean, » le tout en ébène et
d’une haute antiquité.
En 1765, Pierre-Guillaume Delavigne,
vicaire de Boulleville, fut éloigné de cette paroisse, peut-être
même révoqué, pour une cause qui m’est inconnue, et cela, malgré
de nombreuses protestations.
Population : 284 habitants,
en 1877.
Limites : Foulbec,
Conteville, Saint-Pierre, Beuzeville, Le Torpt et Saint-Maclou.
Dépendances :
SAINT-MACLOU, LE PETIT-CHATEAU, LE BOULAY, LES MARIES, L’EGLISE,
LA BRUYERE OU RUE-DE-BOULLEVILLE, LA DAUPHERIE, LA HAUQUERIE, LE
POMMIER-AU-SEIGNEUR ET LES VALLEES.
Extrait
: « Recherches sur BEUZEVILLE et son canton » E.
FOUQUIER (1878)
|