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MARTAINVILLE-EN-LIEUVIN
Dans les anciens titres, on trouve indifféremment Martainville
ou Martinville : Villa Martini.
Le mot Lieuvin vient des Lexoves ou Lexoviens, anciens
peuples de la Gaulle celtique, dont le territoire de notre canton
faisait partie avant l’invasion romaine.
Dans
une charte de Richard Coeur-de-Lion, en faveur de Saint-Taurin,
confirmant les dons de Richard Ier, on lit : « In
Liovino terram apud Martinivillam. »
Une charte du cartulaire de Préaux, du XIe siècle,
dit que Martainville appartenait à des seigneurs appelés d’Osmondville
et que les deux gerbes de dîmes de la paroisse furent données à
cette abbaye, du temps de Robert d’Osmondville et par Richard de
Luisors.
Robert d’Osmondville eut un fils nommé Beaudouin d’Epaignes.
En 1168, ce dernier vint à l’abbaye de Saint-Pierre-de-Préaux,
accompagné de sa femme Cécile et de son fils Henri, et donna au
couvent, en présence et du consentement de sa femme et de son fils,
la dîme de ses moulins de Martainville, pour le repos des âmes de
ses prédécesseurs. L’abbé de Préaux, pour récompense, lui
accorda quatre livres angevines qui furent acceptées à titre
d’aumône.
En 1203, Henri de Martainville fut condamné à 6 livres
d’amende pour avoir négligé de faire le service du roi à
Nonancourt.
La demi-acre de labour valait, en 1410, huit sols de rente,
année commune, dans la paroisse de Martainville.
« L’église, dit M.Canel, située à l’extrémité
de la place de Martainville, est de plusieurs époques. La base du
clocher, la nef et la chapelle Saint-Mathurin, au nord, ont été
construites en 1346 : cette date indiquée par une inscription
gravée au-dessus du portail. La chapelle de la Vierge, au midi, présente
tous les caractères de l’architecture du quinzième ; siècle,
le chœur a été bâti en 1786. A cette époque on avait creusé
sous le chœur un caveau pour la sépulture des seigneurs de
Martainville ; il a été rempli pendant la Révolution. »
Il y avait jadis deux curés dans la paroisse : l’un
était nommé par le seigneur de Martainville et l’autre par le
seigneur du Mesnil. Sur la proposition de l’abbé Bunel, curé de
la paroisse, les deux cures furent réunies en une seule, ainsi que
le prouve le titre suivant :
Le 15 janvier 1786, tous les habitants de Martainville, en général,
s’assemblèrent au son de la grosse cloche de la paroisse, pour délibérer
sur : 1° La requête présentée à Mons, le comte et évêque
de Lizieux, le 30 novembre dernier, par Me Guillaume-François
Bunel, curé de la paroisse, tendante à unir à perpétuité la
seconde portion du bénéfice cure de laditte parroisse avec lesdits
biens, fruits et revenus y attachés, à la première portion dudit
bénéfice cure, desquelles deux portions ledit sieur curé est
actuellement pourvu comme encore ils ont (les paroissiens)
unanimement arrêté par la présente délibération générale que
l’union perpétuelle de la seconde portion dudit bénéfice cure
de Martainville à la première assurera irrévocablement, dans
l’ordre du droit commun, l’administration spirituelle de la
paroisse, que cette union ne peut qu’être avantageuse aux fidèles
qui l’habitent, en ce qu’elle mettra un seul curé en état
d’exercer plus facilement son zèle et sa charité et de remplir
en paix et avec exactitude tous les devoirs de son ministère, les
considérations jointes à celles qui résultent des autres
avantages qu’ils retireront de cette union par la diminution
qu’elle opérera en leur faveur desdites rédifications et
entretien de doubles bâtiments à charge de la paroisse sous
condition toutes fois que ledit sieur curé et ses successeurs
seront tenus d’avoir à leur frais, à l’avenir et à perpétuité,
un vicaire dans ladite parroisse et de faire dire, tous les
dimanches et festes d’obligation, à l’intention desdits
parroissiens, une messe basse outre la grande, à l’effet de quoi.
Le 18 décembre 1788, les plus fort imposés de la paroisse
de Martainville se réunirent pour faire adjuger, à prix de rabais,
les grands travaux de pavage, charpente, couverture, maçonnerie,
menuiserie, qu’il y avait à faire au chœur, au chancel et aux
lambris de l’église qui, alors, menaçait ruine.
Ce travail fut adjugé à Jean Cardet, pour la somme de 2940
livres.
Les gros décimateurs de Martainville, présents ou suppléés
à cette adjudication, étaient :
L’abbaye de Saint-Pierre-des-Préaux, possédant une partie
des grosses dîmes, et représentée par son mandataire ;
M. Deshayes, chanoine de l’église collégiale de la
Saussaye, ayant aussi une autre partie des grosses dîmes ;
L’abbaye
de Grestain,
Et
les héritiers de l’ancien curé, Pierre-Nicolas Lebourg, ce
dernier ayant été gros décimateur de la paroisse.
La
place de Martainville est large est spacieuse ; des deux côtés,
il y avait jadis des hallettes, construites, par le seigneur du
lieu, vers le milieux du XVIIIe siècle. Des lettres
patentes du roi y autorisèrent un marché le jeudi de chaque
semaine. Le marché de Martainville subsista jusqu’en 1793 et même
quelques années après. Il s’y vendait beaucoup de fil, de
viande, de beurre, de fromage, de légumes et de fruits ; mais,
peu à peu, il fut abandonné pour les marchés des environs,
entr’autres pour celui d’Epaignes, qui se tient le dimanche.
L’autorité locale, dit M. Canel, voulant le rétablir, réclama,
en 1819, l’intervention de M. de Goyon, alors préfet de l’Eure,
et cet administrateur rendit, le 1er novembre, un arrêté
portant interdiction du marché d’Epaignes. Pendant plusieurs
dimanches, la présence des gendarmes empêcha l’affluence des
vendeurs ; le marché de Martainville commençait à être fréquenté
de nouveau ; mais bientôt on s’aperçut qu’il fallait
renoncer à l’espérance de la rétablir.
Les
hallettes, du côté du nord de la place de Martainville, furent
vendues par l’hospice de Pont-Audemer, le 8 juillet 1832, avec
tous les terrains sur lesquels elles étaient construires. De
l’autre côté, on voyait aussi des hallettes avant la Révolution ;
sur leur emplacement on a élevé des constructions.
M.
Adrien-Charles Deshommets, un des derniers descendants de cette
grande famille si renommée par sa générosité envers les infortunés,
voulut aussi, en souvenir de ses aïeux, que son nom ne restât pas
inconnu.
Le
18 août 1830, il fit donation entre vifs, à la commune de
Martainville, d’une fontaine et de son emplacement. Il fut stipulé,
dans l’acte, que la donation était faite aux charges, par cette
commune :1°de laisser, à perpétuité, les pauvres d’icelle
commune et ceux des habitants payant moins de quinze francs
d’impositions, puiser de l’eau et laver gratuitement leur linge
à ladite fontaine, quelqu’établissement que ladite commune y
puisse faire ; 2° de faire dire pour le repos de l’âme du
donateur et de sa famille, à perpétuité, deux messes basses, à
l’église de ladite commune, par année, aux 19 décembre et 6
juillet.
DIMES
Le 21 janvier 1781, le curé de Martainville loua la dîme du
trait du Foyer.
A la même date, le trait des Vallettes fut loué par le trésor
de l’église de la paroisse.
Le 25 juillet 1782, les levée, récolte et dépouille de
l’année, du trait de dîmes de la Pinchonnière, furent adjugées,
pour 300 livres, à Pierre Eudeline, par le trésor de Martainville
mais à la charge par le preneur notamment de souffrir au curé de
Martainville, ou à ses préposés, l’exercice du droit qu’il a
de percevoir, à cause de son bénéfice-cure, la tierce gerbe de la
dixmes de tous grains et la dixme de la totalité des verdages, dans
toute l’estendue dudit trait de la Pinchonnière, avec le droit du
choix que ledit sieur curé a pour sa tierce gerbe.
A la même date, le trait des Vallettes fut loué, par le trésor,
260 livres, et il est dit que le curé avait le même droit sur ce
trait que sur le précédent.
En 1784, le trait des Vallettes valait 300 livres.
Mais, en 1787, la location de ces dîmes avait un peu diminué,
ainsi :
Le trait des Vallettes fut loué à Jean Vastel, pour 220
livres,
Et le trait de la Pinchonnière, pour 280 livres, à Pierre
Eudeline.
Population de Martainville : 527 habitants, en
1877.
Limites : Vannecrocq, la Chapelle-Bayvel, Le Bois
Hellain, La Lande, Le Torpt et Fortmoville.
Dépendances : L’église, Les Lièvres, La
Carbonnerie, Les Duquesne, La Brière, Les Bois, Le Mesnil, La
Frelardière, La Gohardière, La Bosquerie, La Petitière, La
Bouchardière, Les Quatre-Paroisses, La Côte, La Baronnie et Le
Thibonnet.
« Recherches
sur BEUZEVILLE et son canton » d’E. FOUQUIER.
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