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SAINT-SULPICE-DE-GRAIMBOUVILLE
Cette petite commune est désignée communément dans les
anciens titres : Grinboldivilla, Grinbordivilla, et elle
dépendait des premiers sieurs de Pont-Audemer.
Onfroy de Vieilles, dans la charte de fondation de l’abbaye
de Préaux, déclare donner à cette abbaye « Grinbordivillam » :
ce qui voulait dire « La villa de Grinbord ou de
Grinbard. » A cette époque, il n’était encore
nullement question de l’église de Saint-Sulpice, qui devait être
d’abord une simple chapelle, élevée après 1050.
Cette donation est confirmée par Henri Ier,
lorsqu’il mentionne le nom de Richard de Méré en faveur de la même
abbaye ex dono Ricardi de Morei terram
unius vavassoris nomine Gaufridus Fortis in Grimboldivilla et
decimam unius fori et terram cujusdam clerici.
Les
religieux de Préaux étaient encore propriétaires de Grimbouville,
sous le règne de Guillaume-le-Conquérant ; mais, dès les
premières années du XIe siècle, l’abbé de Préaux,
Richard, remit à Richard, remit à Richard, fils de Raoult, de
Sainte-Marie-Eglise, la terre de Grimbouville, à condition
qu’elle serait tenue à hommage de l’abbaye.
Dans les grands rôles de l’Echiquier de Normandie, on
trouve que l’abbaye de Grestain percevait 22 sols de dîmes sur le
moulin de Grimbouville eidem (abbati de
Grestain) vigenti et duo solidos de decima molendini de Grimbolvilla.
La
léproserie de Saint-Gilles, près de Pont-Audemer, possédait aussi
des biens assez nombreux à Saint-Sulpice.
Guillaume de la Mare, qui figure comme connétable dans les rôles
de l’Echiquier (1180 à 1203), prenait son nom de fief de la Mare,
situé en cette paroisse.
Le cartulaire de Préaux, dit M.Le Prevost, contient
plusieurs renseignements précieux sur cette petite commune :
D’abord,
un jugement de l’Echiquier de Rouen, en 1301, sur les discussions
du chapelain perpétuel de Saint-Sulpice-de-Graimbouville et un
certain couvent de Saint-Martin de l’église de Graimbouville
n’y est qualifiée que de chapelle. Cette pièce est transcrite
d’une encre fort pâle, et il serait difficile d’en donner une
analyse exacte. Si elle se trouve dans le cartulaire de Préaux,
c’est probablement pour établir des droits que l’abbaye reçut
en vertu de l’échange fait au mois d’août 1312. Les religieux
abandonnèrent, au roi, Vascoeuil et toutes leurs propriétés sur
les bords de l’Andelle, et reçurent en revanche tout ce que ledit
roi possédait à Toutainville et à Graimbouville.
Dans une autre pièce, on trouve la sentence de l’official
de Lisieux, rendue en 1324, sur la réclamation des religieux de Préaux,
contre le chapelain perpétuel « Capelle Sancti Supplicii
de Grimbouvilla, » qui prélevait les dîmes des blés et
légumes croissant sue la fief du comte de Mortain, au mépris de la
possession desdits religieux ; mais,après un long débat, il y
eut accord.
Aux Archives nationales se trouve un vidimus portant
la date : Vendredi après la feste Saint-Nicolas 1330,
et duquel il a été extrait ce qui suit :
En 1320, les prés, tourbières,
marais et les corvée de Toutainville et de Saint-Sulpice faisaient
partie du domaine royal.
Cette
même année, ces terrains avec leurs dépendances furent, par
Pierre de Haugest, bailli de Rouen, donnés pour le roi en fief et héritage
à Geoffroy Renoult, pour lui et ses hoirs, pour 12 livres de rentes
annuelles, à payer perpétuellement au roi et à ses successeurs,
chaque année, à l’Echiquier de la Saint-Michel.
Mais, le 7 avril, Nos Seigneurs des Comptes de Paris mandèrent
à Robert Récuchon, successeur de Pierre de Haugest, de faire ledit
bail retraictier et remettre en la main du roy jusqu’à l’Echiquier
de Pasques l’an 1331. Cette mesure semblerait avoir été
provoquée par l’emploi de mauvaises manœuvres de la part de
l’adjudicataire ou par l’insuffisance du prix ; car, disent
les gens des Comptes, le jour de l’adjudication, nul ne se ôsa
apparoistre par le doute dudit Geoffroy, si comme nous entendu ;
et ailleurs on leur avait offert : 16 livres de rente
par an, aux deux Echiquiers égauement, et bailler en contre-pleige 60
sous de rentes à Toutainville.
En conséquence, ce bail fut remis à la main du roi ;
puis Guillaume Bonnechose, procureur de Jean Broudier, fourrier du
roi, se présenta au bailli de Rouen, et, au nom dudit Broudier,
lui offrit et bailla, sur ledit bail, un denier-dieu d’enchières
par les 4 livres tournois de rente d’enchières susdites, en
baillant et asseant en contre-pleige les 60 sous de rente susdite.
Les
gens des Comptes prescrivirent alors au bailli de Rouen de recevoir
les offres et néanmoins de faire faire de nouvelles criées.
Celui-ci chargea le vicomte de Pont-Audemer de faire faire les criées
et de recevoir l’assiette du contre-pleige.
Le samedi après les octaves, personne ne s’étant présenté
pour surenchérir, le bailli de Rouen, siégeant à Pont-Audemer,
bailla, pour le roy, audit procureur (Bonnechose), pour
son mestre (mandant), les choses dessus dites à tenir du roy
nostre sire à héritage pour les 16 livres de rentes dessus
dit, payables moitié à chaque Echiquier.
« Il est asçavoir que, pour ledit bail ; ledit
procureur au nom de son mestre a assis et baillé en contrepleige
les 60 sous de rentes dessus dits à prendre et lever en la paroisse
de Toutainville sur Guill. de la Fontaine et ses parconniers, pour
tourner et appliquer ès domaines du roy avec le bail dessus dit, se
ainssuit était que ledit Jehan (Broudier) ou ses hoirs
delessait ou temps à venir, et avec ledit procureur s’obligea
pour luy et pour ses hoirs à rendre et à fournir les 60 sous de
rentes de contrepleige, sur tous ses hoirs delessait ledit bail ou
temps à venir de rechef, nous bailli dessus dit, faisons voir à
tous, que comme le roy nostre sire et pour son profit nous eussions
baillé à rentes perpétuelles audit procureur pour ledit Jehan et
pour ses hoirs, c’est asçavoir, les treffons et la propriété de
17 acres de menus bois sanz les tonssures, appelez les bois le Comte
de Saint-Soupplice, pour 51 de rentes chacun an, à payer égauement
aux deux Echiquiers en l’an, et en baillant contreplaige de 30
sous de rentes, après ce que nous eussions fait prisier lesdits
boys ….. et prisié chacune acre valoir, de rente, 9 sous par an
….. avoir baillé audit procureur pour ledit Jehan et pour ses
hoirs lesdits 17 acres de bois dessus dits pour ladite rente rendre
et payer chacun an au roy, auxquels termes, et, pour ce, ledit
procureur nous a assis et baillé les 30 sous de rente de
contreplaige dessus dits, à prendre et à lever de Jehan Renoult de
Graimbouville, pour tourner et appliquer ès domaines du roy avec
lesdits bois dessus dits se ainssuit était que ledit Jehan ou ses
hoirs le delessassent ou temps à venir et avec ça, il a obligé
tous ses héritages par ledit contrepleige, faire valoir ou temps à
venir, se mestrier était….. »
Ainsi,
il est facile de voir que les biens communaux de Saint-Sulpice et de
Toutainville, dépendant encore du domaine royal en 1320 et en 1331,
ne purent être compris dans l’échange de 1312, fait avec les
moines de Préaux. Aucune pièce postérieure n’indique que cette
abbaye ait jamais possédé ces biens.
Au
Xve siècle, dans les comptes présentés par Thomas
Lebengton à Robert Legras, vicomte de Pont-Audemer, il est dit que
les habitants des deux paroisses payaient encore14 livres 10 sols de
rente au trésor.
En
1549, un dénombrement des biens communaux est rendu, au roi, par
Jean le Bienvenu et autres habitants de Toutainville et de
Saint-Sulpice.
En 1565, de grands
travaux d’assèchement furent entrepris pour améliorer le marais
de Saint-Sulpice qui ne représentait parfois qu’un immense tourbière,
répandant des miasmes putrides qui, souvent, portaient la mort dans
le sein des familles riveraines ; le 5 juillet de la même année,
des commissaires furent nommés pour faire vider et écouler les
eaux du marais.
L’édit de 1566,
rendu à Moulins, par le roi Henri III, interdisant toutes
recherches dans les droits et possessions notoires des sujets du
roi, assurait aux habitants de Saint-Sulpice et de Toutainville la
propriété de leurs biens. Mais parut l’édit de 1619, pour la
revente des domaines du roi en Normandie ; un sieur
Duplessis-Garnier, qui avait traité avec le roi pour cette revente,
y fit comprendre les marais et les bruyères des deux paroisses, et,
malgré une opposition du 25 septembre 1628, une sentence du 5
octobre suivant les adjugea à l’Aubépine du Châteauneuf, abbé
de Préaux, pour 13.000 livres tournois.
Les
habitants portèrent appel, au, Conseil d’Etat, de la sentence des
commissaires de cette adjudication, et, après un appointement
prononcé, malgré les vives oppositions de l’Aubépine,
ils furent par arrêt contradictoire du 20 juillet 1634,
maintenus en la propriété et jouissance de leurs marais et bruyères,
et il fut ordonné que l’Aubépine serait remboursé, sur l’épargne
du Trésor, des 13.000 livres qu’il avait payées.
Les
deux paroisses purent jouir de leurs biens communaux, sans troubles,
jusqu’en 1760, époque où des dames X*** surprirent un arrêt des
requêtes qui en
ordonnait la concession en
rente devant l’intendance de la généralité de Rouen. Elles présentèrent
leur requête d’opposition d’audit arrêt, et, par arrêt
contradictoire du 14 avril 1761, les paroisses furent reçues
opposantes et maintenues dans leurs propriétés.
En
1775, Clément de Barville, échangistede Mongomer contre les
domaines de Pont-Audemer, essaya aussi d’enlever les biens
communaux aux habitants de Saint-Sulpice et de Toutainville. De
Barville prétendait que ces communes devaient représenter le titre
primitif de l’inféodation qui leur avait été faite ; mais,
quoique cette pièce ne pût être produite, il se vit forcé
d’abandonner ses prétentions.
La
loi du 10 juin 1793 ayant autorisé le aprtage des biens communaux,
les habitants de Saint-Sulpice et de Toutainville s’assemblèrent
pour délibérer de cette question : Fera-t-on le partage des
biens communaux de Toutainville et de Saint-Sulpice ? Ou
continuera-t-on la jouissance comme elle s’est pratiquée
jusqu’ici ? 68 voix votèrent pour la jouissance commune, et
46, contre. Depuis, divers procès furent intentés de part et
d’autre pour le partage de ces biens, partage qui a eu lieu définitivement,
il y a quelques années. Aujourd’hui, les deux communes jouissent
séparément de la part qui leur a été attribuée.
La contenance des bruyères et marais de ces deux communes,
avant le partage, était d’environ 160 hectares.
Jadis, les deux paroisses étaient tellement enchevêtrées
l’une dans l’autre, qu’il est aujourd’hui impossible d’en
reconnaître les anciennes limites ;çà et là, dans le milieu
même de Toutainville, il y avait des terres et des masures qui dépendaient
de Saint-Sulpice ; il en était de même dans cette paroisse, où
l’on voyait des immeubles, totalement enclavés, qui faisaient
partie de Toutainville.
C’est ce qui explique la jouissance indivise de leurs biens
communaux, si longtemps contestée.
L’abbaye de Grestain possédait autrefois un grand nombre
de biens à Saint-Sulpice, notamment des prairies, appelées les
Grands-Prés, dont le revenu annuel était d’environ 1700 livres.
L’église de Saint-Sulpice, quoique paraissant assez
ancienne, n’offre aucun cachet d’architecture remarquable ;
comme la plupart des autres églises, elle a aussi l’honneur
d’avoir sa source miraculeuse, dédiée à Saint Sulpice. Les
bonnes femmes assurent que l’eau de cette fontaine est propre à
guérir les rhumatismes et autres maladies analogues. Il n’y a pas
encore bien des années que l’on y portait de tout petit enfants
atteints, disait-on, d’épilepsie ou menacés de rachitisme ;
il fallait les immerger dans l’eau glacée de cette fontaine pour
obtenir leur guérison.
A gauche de l’église s’élève un if séculaire. Il parît
que c’était l’usage , dans le temps, de planter ces arbres funèbres
sur la gauche des édifices religieux ; s’il y a des
exceptions à cette règle ancienne, elles doivent être bien rares.
Saint-Sulpice est réuni à Foulbec pour le spirituel.
Population de Saint-Sulpice-de-Graimbouville :
128 habitants, en 1877.
Limites :
La Rivière de Risle, Toutainville, Saint-Maclou et Foulbec.
Dépendances :
L’Aubinerie, Le Bois d’Aubigny, La Bruyère, Cabeaumont, La
Chevalerie, Fine-Mare, Grestain, La Guérande, La Mare-Duquesne, La
Rosais, Le Val-Loyer, La Mare (château), L’Eglise et La
Chapelle-du-Bois.
« Recherches
sur BEUZEVILLE et son canton » d’E. FOUQUIER.
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